...occupé à baiser!

 

 ©2012 France Télévisions

 

 

Sur France3, la 4ème "saison" de la série-saga aux cocoricos tricolores a clos ses portes, sur un 12ème épisode tout aussi frelaté que les livraisons précédentes (la diffusion a débuté le 4 juin 2009)... Je sais, c'est dur de dire cela: mais je le dis! Tourner sur la durée une fiction dite "documentaire" sur les années d'occupation est forcément à saluer pour le courage (?) et l'originalité, pour la bonne volonté sûrement...

 

Vouloir "montrer" autre chose qu'une peinture sépia "manichéenne" de la vie (supposée) d'un "village" français entre juin 1940 et  l'été 1944 est méritoire. Associer à l'écriture un historien "spécialiste" de la seconde guerre mondiale (Jean-Pierre Azéma), est louable et donne quelques solides fondements à la narration. Mais j'objecterai que: Monsieur Azéma, né en 1937, n'avait que 4/5 ans au début de l'occupation; son savoir, sa science ne sont que savoir et sciences d'universitaires et ses lumières ne peuvent être celles d'un témoin conscient de l'époque. Or, que voit-on dans cette suite d'épisodes sinon qu'une accumulation de clichés prétendument inédits sur la "sombre période de l'occupation" (air connu)?

 

Chacun des épisodes n''est que succession de situations mille fois filmées, avec les poncifs du genre, les personnages caricaturaux (le bon maire, le bon curé, le bon directeur d'école, le bon policier, le bon gendarme, chacun flanqué du bon patron collabo pour faire tourner son entreprise, du flic pourri à vomir, des flics crétins bons fonctionnaires et sans état d'âme, du sous-préfet (aux champs?) à la fois défenseur de la population "bien française" et pourfendeur des anti-nationaux... 

 

©2012 France Télévisions

 

Il y a les juifs persécutés héroïques et les juifs lâches, les femmes et les hommes bon catholiques et nantis, comme de bien entendu, qui haient les "youpins", les enfants sans opinion qui n'y comprennent rien et qu'on manipule...

 

Toutes les situations "classiques" sont mises en scène: la débâcle et la panique, la déconfiture de l'administration, les petites et grandes lâchetés, les fausses haines et les vrais faux-fuyants, les demi-collabo et les résistants-terroristes d'occasion, les conflits politiques mesquins et souterrains (Gaullistes contre parti communiste), les otages après les attentats assassins, le train de raflés (qui fait étape dans le village car il fallait à tout prix montrer un convoi de déportés), le prélude à l'enfer de familles juives arrêtés confinées entre les murs de l'école communale, etc. 

 

Si on veut voir et connaître l'horreur crue des rafles juives, c'est le film de Roselyne Bosch° qu'il faut regarder.

 

Un microcosme image d'Epinal

 

Un microcosme image d'Epinal du cauchemar de l'occupation. Les concepteurs de la saga, visiblement, ont voulu TOUT DIRE (tout "reconstituer") dans une saga à rallonges, s'efforçant de fidéliser le téléspectateur en lui jetant en pâture des personnages typés à l'extrême et cependant psychologiquement incohérents d'un épisode à l'autre - et selon les nœuds dramatiques -, aussi peu crédibles que possibles. Et dire que chacun des personnages de la fiction avait son "parrain" (un psy?) pour en assurer la crédibilité du profil (voir le générique quand il fait état de "l'atelier d'écriture")!

 

Le Village français n'est pas la chronique d'un village sous l'occupation mais bien celle d'une entité caricaturale plutôt urbaine, où les scénaristes ont voulu rassembler, resserrer, des évènements (lourds) qui n'ont guère pu se passer, en réalité, dans une seule et même (petite) commune, qui plus est rurale. Mieux eût-il fallu que nos narrateurs choisissent une vraie Ville française, suffisamment peuplée pour être le grand foutoir d'après la débâcle. Raconter vraiment la vie au quotidien des habitants d'une petite commune de nos campagnes, avec les dérives de l'époque, les magouilles politiciennes, la collaboration du petit peuple, par passivité ou peur, l'influence insidieuse de l'idéologie pétainiste, sans laisser croire que tout un "village" était la pépinière d'héroïques résistants, eût été autrement plus intéressant et, finalement, utile.

 

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La France occupée... à s'envoyer en l'air!

 

Au lieu de cela, nos scénaristes de métier, fiches stéréotypées à l'appui, ont habillé des faits historiques, qui se sont passées ici et là dans l'Exagone, d'une narration très série "prime-time", en forçant exagérémment et sans retenue sur les histoires de c... Car de la fesse, il y en a dans ces épisodes! A croire que sous l'occupation, le Français, lâche collabo, tortionnaire ou résistant indéfectible passait quasiment le plus clair de son temps trouble à s'envoyer en l'air, autrement que sur des mines de guerre! Tout le monde couche avec tout le monde: même la bonne épouse du bon docteur Larcher se donne sans compter à l'infect SS, revenant à lui sans sourciller pour se faire sauter (non pas la cervelle) malgré que son gestapiste d'amant lui ait raconté les horreurs qu'il a commises sur le front russe... Certes, pendant l'occupation, la France vivait mal mais vivait mâle aussi. Mais je subodore que le spectateur qui veut voir un Village français sous l'occupation désire plutôt autre chose que des scènes réitérées de coucheries à tout va. Il n'y a guère que le directeur-d'école-puceau-quadragénaire qui a du "mâle", dans ce grand bordel, à faire... son trou!

 

Une série qui exploite sans vergogne

le drame de l'occupation-copulation

 

Ceci dit, si l'on se défait des ficelles trop grosses et noueuses, si l'on fait abstraction des scènes d'action convenues, des intrigues cousues de fil couleur de sang résistance-collaboration, trahisons-répressions, et autres sauf-conduits arrachés par les fesses (l'intrigue ridicule entre le policier Marchetti et la juive Rita), de toutes ces historiettes qui se suivent et se ressemblent, à peine déguisées, on peut apprécier le soin de la reconstitution visuelle: décors, accessoires, costumes..., et la pertinence de certaines informations historiques, ces détails que l'on n'a pas le temps de développer dans un unique long métrage. En cela, sans doute, on peut remercier M. Azéma d'y avoir apposer un peu de son empreinte (encyclopédique) sur le sujet. Mais ce M. Azéma est comme tous les universitaires: son savoir est puisé dans les livres, les documents écrits par d'autres, les témoignages de gens qui ne sont plus de ce monde ou qui, encore vivants, ont des souvenirs qui leurs sont personnels et qui sont le récit de leurs vécus à eux... Pour le reste, les réalisateurs ne font que répéter ce qu'ils ont eux-mêmes vu déjà à l'écran, films et téléfilms fabriqués par leurs prédécesseurs: d'où de nombreuses séquences qui ne sont que des redites sans véritable intérêt, que le seul fil narratif réussit à rafraîchir un peu - si on n'est pas regardant sur la crédibilité et peu exigeant sur la qualité fictionnelle, pitoyablement médiocre. C'est sûr, notre service public audio-visuel a voulu faire du "commercial" sous couvert de pédagogie. Les petits courts "docu" complémentaires qui clorent la soirée, si intéressants soient-ils, ne sont là que pour la caution... morale.

 

©2012 France Télévisions

 

Heureusement, les épisodes sont sauvés par une excellent qualité d'interprétation générale, quelques exceptions mises à part, avec un gros bémol sur le choix de quelques comédiennes pour des rôles qui, malgré leur énorme talent, ne sont vraiment pas pour elles (un casting inégal qui frise pour quelques personnages la faute professionnelle grave!).

JO

Scénario : Emmanuel Krivine

Réalisation : Philippe Triboit et Patrice Martineau
Produits par Jean-François Boyer et Emmanuel Daucé
Une production Tetra Media Fiction et Terego

 

Avec Robin Renucci (Daniel Larcher), Audrey Fleurot (Hortense Larcher), Thierry Godard (Raymond Schwartz), Emmanuelle Bach (Jeannine Schwartz), François Loriquet (Jules Bériot), Marie Kremer (Lucienne), Nicolas Gob (Jean Marchetti), Nade Dieu (Marie), Nathalie Cerda (Madame Morhange), Cyril Couton (Servier), Laura Stainkrycer (Sarah), Patrick Descamps (Henri de Kervern)…