plaque de rue

1972-2012... 40 ans!


Quinze écrivains

et hommes de théâtre

évoquent Montherlant

Montherlant aujourd'hui"Évidemment, sa dépouille juste refroidie, Montherlant en a pris pour son grade, et les charognards, admirateurs déçus et par là plus cruels encore, ne boudèrent pas le festin.

 (...)

"Que penser alors du silence entourant cet anniversaire, si ni une politique douteuse ni une biographie tronquée ne l’expliquent?  Romaric Sangars, dans l’ouvrage collectif cité plus haut, parle de Montherlant comme d’un professeur d’énergie. Certes, cela suffirait à donner les clés du mépris qu’une époque dépressive éprouve pour ceux qui enseignent la force et le courage.

 "Mais il nous semble que c’est, plus encore que l’énergie, l’esprit classique qui insulte nos contemporains et leur font oublier, hypocrites, Henry de Montherlant. Comment une époque qui a réussi à joindre en un même mouvement prétendue innovation littéraire et nullité stylistique, engagement pour des idées et pauvreté philosophique du fond, parviendrait-elle à comprendre un esprit pour lequel tout est un : fond, forme, esthétique et métaphysique ? Comment une époque qui consacre Sartre mètre étalon de la pensée, Derrida grand inventeur de la faute d’orthographe en forme de concept et Deleuze commentateur d’une folie qu’il ne connaît pas et avec laquelle il s’amuse pour faire genre, peut-elle appréhender un Romain d’âme et de mouvement ?

 (...)

 "Mais Montherlant ! Ce prophète de l’instant réclamait le passé en guise de valeur et, déjà de son vivant, se moquait de son temps. Comment alors le reconnaître à notre époque ? Plus précisément comment notre époque pourrait-elle le reconnaître ? Elle qui maudit le passé, la plupart du temps perçu comme réactionnaire et qui attend un futur qui n’arrivera jamais autrement que dans ses fantasmes. Cet anniversaire oublié, par hasard ou pas, que nous apprend-il ? Que nous ne respirons pas à la hauteur où Montherlant respirait, tout simplement."

 Extrait de Montherlant aujourd’hui, Christian Dedet, Éditions de Paris (2012)


Propos corrosifs du grand auteur atypique:

« Peur de déplaire, peur de se faire des ennemis, peur de ne pas penser comme tout le monde, peur de peindre la réalité, peur de dire la vérité. Mais, en fait, ce sont tous les Français qui, depuis le collège et dès le collège, ont été élevés sous le drapeau vert de la peur. Résultat : le mot d’ordre national « Pas d’histoires ! » ; la maladie nationale : l’inhibition. Depuis près d’un siècle, depuis vingt ans plus encore [texte écrite en 1918] on injecte à notre peuple une morale où tout ce qui est résistant est appelé « tendu », où ce qui est fier est appelé « hautain », où l’indignation est appelée « mauvais caractère », où le juste dégoût est appelé « agressivité », où la clairvoyance est appelée « méchanceté », où l’expression ‘ce qui est’ est appelée « inconvenance » ; où tout homme qui se tient à ses principes, et qui dit non, est appelé « impossible » ; où tout homme qui sort du conformisme est ‘marqué’ (comme on dit dans le langage du sport) ; où la morale se réduit presque exclusivement à être « bon », que dis-je, à être «gentil», à être aimable, à être facile ; où la critique se réduit à chercher si on est moral, et moral de cette morale-là.»

Extrait de L’équinoxe de septembre, novembre 1938, p.843

bandeau monherlant GF