Theatreaucoeur

Écrire, opiner, discuter théâtre... Défendre un "autre théâtre" que le "tout-contemporain". C'est à contre-courant, c'est "ringard", c'est mal vu, c'est mal lu, mais ça existe l'autre théâtre! Promouvoir et défendre l’œuvre dramaturgique de Henry de Montherlant, sa littérature...Défendre son œuvre et l'homme, c'est défendre la liberté de ne pas être étiquetable, de reconnaître ses dualités, de crier (écrire) tout haut ce que bien des gens pensent tout bas... Causer de littérature en tout genre et de ses produits "dérivés", de cinéma et un peu de télévision... C'est aussi un support médiatique pour les activités d'une compagnie théâtrale besogneuse de province. Les notes critiques de ce blog n'engagent que leur auteur (qui signe GF) et non pas l'association Compagnie Gérard F

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dimanche, novembre 11 2012

SILENCE ASSOURDISSANT... sur l'anniversaire de la mort d'un grand auteur!

plaque de rue

1972-2012... 40 ans!


Quinze écrivains

et hommes de théâtre

évoquent Montherlant

Montherlant aujourd'hui"Évidemment, sa dépouille juste refroidie, Montherlant en a pris pour son grade, et les charognards, admirateurs déçus et par là plus cruels encore, ne boudèrent pas le festin.

 (...)

"Que penser alors du silence entourant cet anniversaire, si ni une politique douteuse ni une biographie tronquée ne l’expliquent?  Romaric Sangars, dans l’ouvrage collectif cité plus haut, parle de Montherlant comme d’un professeur d’énergie. Certes, cela suffirait à donner les clés du mépris qu’une époque dépressive éprouve pour ceux qui enseignent la force et le courage.

 "Mais il nous semble que c’est, plus encore que l’énergie, l’esprit classique qui insulte nos contemporains et leur font oublier, hypocrites, Henry de Montherlant. Comment une époque qui a réussi à joindre en un même mouvement prétendue innovation littéraire et nullité stylistique, engagement pour des idées et pauvreté philosophique du fond, parviendrait-elle à comprendre un esprit pour lequel tout est un : fond, forme, esthétique et métaphysique ? Comment une époque qui consacre Sartre mètre étalon de la pensée, Derrida grand inventeur de la faute d’orthographe en forme de concept et Deleuze commentateur d’une folie qu’il ne connaît pas et avec laquelle il s’amuse pour faire genre, peut-elle appréhender un Romain d’âme et de mouvement ?

 (...)

 "Mais Montherlant ! Ce prophète de l’instant réclamait le passé en guise de valeur et, déjà de son vivant, se moquait de son temps. Comment alors le reconnaître à notre époque ? Plus précisément comment notre époque pourrait-elle le reconnaître ? Elle qui maudit le passé, la plupart du temps perçu comme réactionnaire et qui attend un futur qui n’arrivera jamais autrement que dans ses fantasmes. Cet anniversaire oublié, par hasard ou pas, que nous apprend-il ? Que nous ne respirons pas à la hauteur où Montherlant respirait, tout simplement."

 Extrait de Montherlant aujourd’hui, Christian Dedet, Éditions de Paris (2012)


Propos corrosifs du grand auteur atypique:

« Peur de déplaire, peur de se faire des ennemis, peur de ne pas penser comme tout le monde, peur de peindre la réalité, peur de dire la vérité. Mais, en fait, ce sont tous les Français qui, depuis le collège et dès le collège, ont été élevés sous le drapeau vert de la peur. Résultat : le mot d’ordre national « Pas d’histoires ! » ; la maladie nationale : l’inhibition. Depuis près d’un siècle, depuis vingt ans plus encore [texte écrite en 1918] on injecte à notre peuple une morale où tout ce qui est résistant est appelé « tendu », où ce qui est fier est appelé « hautain », où l’indignation est appelée « mauvais caractère », où le juste dégoût est appelé « agressivité », où la clairvoyance est appelée « méchanceté », où l’expression ‘ce qui est’ est appelée « inconvenance » ; où tout homme qui se tient à ses principes, et qui dit non, est appelé « impossible » ; où tout homme qui sort du conformisme est ‘marqué’ (comme on dit dans le langage du sport) ; où la morale se réduit presque exclusivement à être « bon », que dis-je, à être «gentil», à être aimable, à être facile ; où la critique se réduit à chercher si on est moral, et moral de cette morale-là.»

Extrait de L’équinoxe de septembre, novembre 1938, p.843

bandeau monherlant GF

mardi, septembre 1 2009

MONTHERLANT EN AVIGNON: état des lieux...

MONTHERLANT EN AVIGNON:

Parmi quelque 940 spectacles de la programmation "Off", FILS DE PERSONNE, par la Compagnie Gérard F, était le seul texte du grand dramaturge... Des auteurs "plus tendance" étaient représentés dans plusieurs salles, ainsi que des "valeurs sûres" (sans risques!) et beaucoup de spectacles de "c..."! Nous avons eu bien du mal à réunir quelque 60 personnes payantes (en 6 soirées) et je ne pense pas que le fait que notre salle soit à 10 km de la cité des Papes soit la seule explication! Cela me fait penser à la soirée TV ("La reine Morte") qui a fait "un bide" alors qu'il s'agissait d'un véritable petit chef d'oeuvre de téléfilm, magistralement interprété (notamment par Michel Aumont). Une satisfaction néanmoins: les conversations fort intéressantes que j'ai eues avec des spectateurs que je qualifierai de "cultivés"... où il ressortait que Fils de personne est vraiment un texte sublime et son auteur un écrivain hors pair...

Un baume au coeur!

LA REINE MORTE de Montherlant : du GRAND (télé) cinéma !

LA REINE MORTE de Montherlant :

du GRAND (télé) cinéma !

L’adaptation télévisée de Pierre Boutron*, inédite, diffusée le 19 mai dernier sur France 2,a été un GRAND MOMENT DE CINEMA ! Eh oui ! Montherlant, dramaturge émérite, pointilleux sur la façon dont ces pièces devaient être mises en scène, était, en filigrane, un “scénariste” audio-visuel de génie! Porter à l’écran (qui plus est au petit écran) l’œuvre maîtresse de HM, était une gageure - pour ne pas dire « casse-gueule ». Je l’ai rêvé… Boutron l’a fait ! Et avec quelle maîtrise : respect de la “texture” du texte (!), exploitation habile et esthétique de l’histoire, intégration heureuse de “scènes d’action” (qu’un certain journal a qualifié avec dédain de “cape et d’épée” vulgaire) - si cette Reine Morte était de “la soupe” de “prime-time”, alors, de cette soupe-là, je redemande!

Décors naturels et costumes réalistes - l’auteur aurait apprécié, qui a écrit, dans ses consignes pour La Ville : “Les habits des garçons ne sortent pas de chez le vendeur, comme il est de routine sur la scène. Ils sont fatigués, usagés.” Et encore : “On devrait retrouver au théâtre les gros plans du cinéma.” et: “Presque tout le théâtre - je parle du théâtre représenté car le faux du comédien se superpose au faux de l’auteur - paraît être un succédané de Guignol, auprès du Voleur de Bicyclette ou des Jeux interdits, pour ne citer que des œuvres récentes. Ces œuvres représentent la vie “vraie”, avec ce qu’il faut de tour de main pour la mettre en valeur, et nous montrent que c’est elle qui est admirable.” (1952)

Un Michel Aumont magistral, très “chair”, dans son personnage du Roi Ferrante, être torturé par son orgueil, sa fragilité, ses haines, ses passions, sa prétention, son amour filial… Crédible jusqu’au bout des ongles, le grand acteur - probablement l’un de nos comédiens les plus talentueux  -, a donner sang et vie aux exquises  répliques de Montherlant. Ses partenaires ont été tout aussi remarquables (Gaëlle Bona notamment, dans le rôle-titre), tous à la hauteur de l’œuvre grandiose. Boutron, pour avoir ainsi magnifié par sa réalisation (technique et artistique) l’un des plus beaux textes de HM, mérite la palme d’Or du bon goût et de l’à-propos…, et de la perspicacité.

On nous dit : “ça a été la cata pour la chaîne !” (audimat)… Et alors ? On s’en fous ! France 2 (jusqu’à preuve du contraire) est une chaîne de “service public” ; qu’elle serve donc aux téléspectateurs des émissions de qualité, si “non-tendance” fûssent-elles ! Que la majorité non-silencieuse des consommateurs de petite lucarne ne fût pas sensible à la beauté et à la grandeur qui lui étaient proposées ce soir-là, qui en serait surpris ? Montherlant avait en horreur la médiocrité (comme Ferrante, frère jumeau de Georges Carrion de Fils)…

“Quand j’ouvre ma fenêtre sur le monde, ce qui me fait le plus souffrir, c’est le spectacle de l’indulgence. Partout je la retrouve, en haut, en bas… L’indulgence, ce serpent auquel il faudrait écraser la tête.” (Fils de personne - Acte III, scène III)

CQFD