Théâtre

 

L'UTOPIE... OU

LA MORT!

 

La vie théâtrale au pays de Molière est totalement inféodée à la "culture d'Etat" depuis 1972, année où les Centres Dramatiques Nationaux ont été créés pour, soi-disant, permettre une création théâtrale "d'intérêt public"... Résultat: l'instauration d'un monopole DE FAIT sur le marché du théâtre: les CDN et CDR (régionaux) drainent des budgets considérables (aux frais des contribuables), s'approprient les salles, les médias, la pub, le public... qui n'a pas le choix! Communes, départements, régions, ministère de la Culture: toutes ces instances financent une production (et programmation) sensée convenir au public. Foutaise!

 

 

Les (petites) compagnies indépendantes professionnelles ont bien du mal à disposer ne serait-ce que dune salle pour répéter, de dates libres pour se produire, n'ont pas la faveur des journaleux locaux et les élus du peuple ne se déplacent pas pour voir leurs spectacles. HURLER contre cet état de chose est courageux et non consensuel: cela revient à réclamer l'abolition de la peine de MORT... du théâtre LIBRE et INDEPENDANT, d'un THEÂTRE DIFFERENT. Les petits théâtreux besogneux non subventionnés (et pour cause) galèrent et mangent un repas par jour, tandis que des théâtreux nantis entretiennent leurs égos aux frais de la République et des collectivités locales. 

 

Se dresser contre ces institutions (dont l'inspiration, à l'origine, est sans doute louable) est évidemment une gageure! C'est donquichottesque... Mais Don Quichotte, par sa nature, est un admirable personnage de théâtre!

 

Et ce rôle là, je veux bien l'endosser.

 

Et puis, qui eût cru, en l'an de grâce 1779, que dix ans plus tard la monarchie absolue serait molestée?

 

La France a connu de nombreuses périodes (sombres) de tyrannie de toute sorte, de totalitarisme éhonté (avec notamment la main basse sur la culture et le théâtre - sous le régime de Vichy par exemple); aujourd'hui, les deniers publics sont utilisés pour promouvoir un théâtre prétendument innovant "et de qualité", où ceux-là mêmes qui l'entretiennent (l'Etat, les collectivités territoriales) ne se rendent pas compte qu'ils y sont contestés: la pseudo fibre anarchisante ou humaniste des théâtreux nantis, qui transforment en sujet de contestation universelle tout ce qui bouge, n'hésitant pas à faire des "relectures" au vinaigre de textes classiques sublimes, ne cesse d'investir les théâtres communaux.

 

Il fut une époque où les communes programmaient leurs saisons théâtrales à leur guise, les affiches étant choisies par des non professionnels, dont le goût théâtral était sans doute plus proche de la population que les programmateurs professionnels actuels (dont certains sont aussi les grands manitous des CDN ou CDR)... En ce temps-là, époque bénie des tourneurs, les habitants d'une ville de 50.000 habitants pouvaient espérer assister, entre autres "petits spectacles" de qualité, à la représentation d'une affiche "parisienne" à succès de théâtre de boulevard. Cela se peut encore, mais si vous avez un CDN intra-muros, n'y comptez point! Ou alors le tourneur aura fait un sacré "forcing"! Ouvert à un théâtre plus "populaire" qu'élitiste, les directeurs de théâtres municipaux, ou responsables des affaires culturelles, sous la coupe des adjonts au maire délégués, avaient pour seule prétention la satisfaction du public - son divertissement (ce qui n'excluait pas les pièces dramatiques!). De nos jours, il suffit de lire les  professions de foi des grands chefs de la théâtrie institutionnelle (entendez les directeurs de CDN ou CDR), de consulter leurs programmations, pour connaître les "tendances" qui les gouvernent. Autrefois, les grandes et moyennes communes s'offraient régulièrement les services de tourneurs prestigieux, pour acheter des spectacles prestigieux (essentiellement parisiens); leurs théâtres "à l'italienne" n'étant pas réserve de chasse (gardée) de quelque CDN ou CDR, une petite compagnie pouvait toutefois se produire entre deux affiches de tourneurs... De plus, la ville n'était point acheteur et producteur à la fois - juge et partie. On peut penser, qu'en ce temps-là, les petits théâtreux avaient des interlocuteurs municipaux plus à l'écoute, tandis que, de nos jours, ils subissent la condescendance (puissance cent) chez les mandarins du rideau rouge (c'est une façon de parler car, de rideau rouge, on sait que notre intelligentsia théâtreuse n'en veut plutôt pas! "C'est désuet, c'est ringard, c'est bourgeois!" et on préfère déshabiller le plateau tout comme on se plait à dénuder les comédiens). Alors, vous pensez bien que... les théâtres à l'italienne !

 

Structures architecturales coûteuses, personnel plétorique, comédiens salariés permanents (avec CDI ou CDD d'usage? - je demande à voir), stagiaires méprisés, vacataires humiliés, "formations" (en ateliers théâtre) vendues en série, car c'est juteux et imposé par le cahier des charges -, le système, lourd et onéreux, n'autorise plus le petit artisanat - je ne parle pas d'amateurisme. On fait donc descendre (de Paris) les grosses machines, ou on fabrique (pour monter à Paris) de grosses co-productions... Il faut que ça gueule, que ça en jette, que Télérama en fasse son "évènement", que ça tourne en Europe, etc., etc. Sous la bannière "démago" de la décentralisation, avec mini-tournées dans les campagnes des départements "occupés", toujours aux frais de la princesse tricolore, nos troupes engraissées "CDNécrophages" (= tueuses du "petit" théâtre) chassent sur toutes les terres, même en friches...

 

C'est que les petites compagnies ont aussi beaucoup de mal à se produire dans les "arrières-pays".

 

Sous des apparences trompeuses de "démocratisation" (re-foutaise), l'essentiel du théâtre hexagonal est quasiment nationalisé et donné en pâture à des "stars" de la scène théâtreuse - sans partage. Les capitaines de ces yachts de luxe, dont on sait dans le milieu que ce sont des carriéristes aux dents longues pétris d'ambitions (au pluriel), "sont nommé(es) par le(la) ministre chargé(e) de la culture, en concertation avec les collectivités locales du territoire d'implantation du CDN." (sic le Cahier des missions et des charges des centres dramatiques nationaux - mouture de 2010).

 

De profundis pour les initiatives hors norme de petits besogneux.

 

Tous les théâtreux professionnels qui ne sont pas bénéficiaires du système monopolistique le savent: quand un CDN sévit dans vos contrées, vous n'avez pas droit de cité!  Lire à ce sujet l'article

 

Vous voulez manifester un esprit d'indépendance artistique et dire tout haut ce que beaucoup de gens du métier pensent tout bas? N'hésitez-donc pas, si vous voulez défendre un autre théâtre, de partir à l'assaut des... moulins à vent en carton-pâte!


GF

 

Avignon et CDN...

même combat!

Vivre ou mourir?

 

Être ou ne pas être?

 

Je ne jette point l'anathème sur le théâtre dit "contemporaine". On aime ou on n'aime pas! Mais les coproductions richement subventionnées font et défont le théâtre, de nos jours, dans l'hexagone et ailleurs - disons, en occident. L'anathème? ce sont les théâtreux mandarins du monde des planches qui l'ont jeté sur ce que j'appelle "un autre théâtre"... Par exemple, parlez en bien du théâtre "de boulevard" dans quelque usine à gaz de l'enseignement de l'art dramatique, et on vous fera sentir que "c'est votre droit" mais que... vous êtes "hors course"! Ces considérations ne mettent en cause ni l'enseignement de ces usines à comédiens (jusqu'à 1000 élèves par année scolaire!), ni le talent et le savoir faire des comédiens qui jouent le jeu de la modernité "déjantée". C'est bien du système - avec ses monopoles artistiques -, que je cause!

 

A propos de spectacle vivant "tendance", je trouve exquise la séquence de l'opéra du film à succès sans précédent "Intouchables"... (17 576 053 entrées au 14 janvier 2012) Les spectateurs français "moyens" semblent plébisciter, entre autres choses, les coups de griffes à l'art contemporain -  théâtre et... peinture. La vérité sort de la bouche... du "black" des cités! (Omar Sy dans le rôle de Driis).