flashback

(Lord of the Flies)

   Jeux de sang...

     en noir et blanc

Le film de Peter Brook 

 

"The lord of the flies" est une comédie dramatique (Royaume-Uni) sortie en 1963, sur un scénario du cinéaste Peter BROOK d'après le roman de William GOLDING, publié en 1954, considéré comme un classique de la "littérature de jeunesse", abordé dans nos collèges, en classes de 4ème ou 3ème...

Dieu, que douce est la Guerre des Boutons (même celle de Pergaud) à côté du conflit puéril qui transforme une île paradisiaque, investie que par des gamins, en enfer de sang et de feu !

 

Image du film de Peter Brook (la coloration est de la rédaction) © Lord of the flies Company

 

"Et si j'écrivais l'histoire de jeunes garçons sur une île?  Je les laisserais se comporter exactement comme ils voudraient."

© Lord of the Flies company

J'ose espérer qu'il ne viendra pas à l'idée à nos cinéastes tricolores (genre Barratier° ou Samuell°) "d'adapter" cette œuvre magnifique et atroce, effrayante et initiatrice, naturaliste comme j'aime... Pas plus qu'on ne peut faire un plat salé et pimenté (car ce roman est très relevé) en utilisant abondamment du sucre, on ne peut mettre en scène cette fiction, sans la trahir, si l'on accepte de prostituer son scénario et ses images aux standards obligés du "prime-time" télé! En 1965, le réalisateur britannique Peter Brook° met en images sans concession ni pudibonderie indécente (si j'ose dire!) cette histoire terrible, où les enfants (tous des garçons), naufragés et sans adultes, de "bonne éducation", beaucoup étant même enfants de chœur "à la ville" (!), abandonnent leurs uniformes de collégiens en guenilles pour se vêtir de feuilles et d'argile, et laisser leurs instincts barbares, fesses à l'air pour certains d'entre eux, s'exprimer dans de monstrueuses actions irréparables, protégés de leurs crimes sous l'anonymat de leurs visages bariolés...Des enfants sont mis à mort par leurs camarades dans des conditions atroces: des situations d'une contemporanéité à faire frémir! On croirait lire (voir) le filmage au téléphone portable de l'un de ces faits divers qui régalent nos journaleux - et font la une du Vingt-heures! Ces scènes de violence, racontées crûment par Golding, mises en images sans détour par Brook (il est vrai qu'il n'était pas financé par TF1!), sont d'autant plus effrayantes qu'elles se situent dans un contexte extrêmement réaliste: le gosse, seul, reste un enfant sage et éduqué, les gosses, entre eux, s'excitent mutuellement, se lâchent et extériorisent leurs pulsions diaboliques... Il n'y a plus qu'à se ruer sur un bouc émissaire - un faible, évidemment -, et c'est la curée!

Au sens propre (si j'ose dire) et non "de semblant"!

Une fiction assez forte et percutante pour que Peter Brook eût exigé des producteurs de ne pas "trop en faire" avec du pognon! La production initiale voulant gonfler le budget, le cinéaste a claquer la porte et s'est débrouillé... avec des bouts de ficelle!

 

"Tout ce que je voulais, c'était une petite somme d'argent. Pas de scénario, juste des enfants, une caméra, et une plage."  (Peter Brook)

 

© lord of the flies company

 

...mais avec une histoire et des dialogues qui donnent un coup de pied dans la fourmilière du socialement correct.

On peut reprocher à Peter Brook d'avoir trop visiblement  éviter des images traumatisantes ou impudiques (la nudité des protagonistes est très présente dans le livre, traduisant justement la découverte d'un état primitif) - ce qui fait tache dans son filmage naturaliste et par ailleurs sans concession de la montée de la violence enfantine. Sans solliciter des images gore, j'aurais préféré des ellipses d'atrocités moins évidentes et plus habiles. Le romancier Golding, qui a supervisé amicalement l'adaptation cinématographique et a salué avec enthousiasme le résultat, en dit beaucoup plus dans son texte, n'évitant pas les détails sanglants - non par complaisance mais avec une légitimité narrative non contestable. De ce fait, l'atrocité des faits dont se rendent coupables, en s'amusant, nos petits enfants de chœur, apparaît plus clairement parce que décrits, bien que sobrement,  avec un réalisme cru. Je comprends qu'en 1963 le cinéma anglo-saxon prennent quelques précautions (que nous qualifierons "d'usage") dans un film mettant en scène des gosses... Ces coups de gomme sur les scènes les plus dramatiques (et aussi les plus significatives) altèrent un peu l'impact émotionnel de l'ensemble.

 

 Un film "vérité": du Zola cinématographique

Avec une restitution globale réussie de l'essence du roman, ce film est donc une mise en images à minima, fidèle mais un peu timorée. Il n'en demeure pas moins que le traitement scénaristique et la réalisation de Peter brook constituent un exemple (rare) de l'adaptation fidèle et non édulcorée pour le grand écran d'une histoire de gosses initialement forte.

Brook nous régale avec un filmage soigné: la photographie est belle mais non léchée, le noir et blanc est sublimé, les scènes de nuit sont d'une beauté... "éblouissante", et la caméra "débridée" du deuxième cadreur nous livre "à cœur " l'essentiel des images d'action.Les gamins, dans ce qui leur reste de nippes en vadrouille, les corps et les visages souillés de terre et de crasse, ou grimés comme des amazoniens, sont étonnants de vérité... à faire peur quand ils s'excitent! Le montage (coupé dans les 60 heures de pellicules impressionnée par les deux caméras) est alerte et efficace. L'atmosphère, d'abord enivrante, développe progressivement ses poisons mortels, en prenant le temps de poser chaque personnage, chaque groupe d'enfants, avec les psychologies de leurs âges. Il y a les "grands", plutôt réfléchis et prudents, il y a les "petits", plus attirés par les jeux de plein air et la plage que par le ramassage du bois mort; il y a les "forts" (en gueule) et les faibles, les introvertis... Brook, par sa mise en scène et ses images, nous révèle la quintessence de ce microcosme atypique et installe habilement et sans "effets de manches", peu à peu, l'angoisse et le malaise.

 

Ce qui prend allure de camp scout se transforme inexorablement en camp de la mort.

La bande son, pétrie de bruits de la nature (mouches, oiseaux, vent, orage et vagues), un peu gâchée quelquefois par un leitmotiv musical original "hors cadre", comporte des temps forts: les cris hystériques des enfants, le martèlement de tambours sur les noix de coco utilisés par les sauvageons, les "mélopées" de chasse, quelques mesures de percussions aussi discrètes qu'oppressantes...

Un film vraiment pas comme les autres!

Nos cinéastes français, fabricants de soupes enfantines consensuelles pour familles bien comme il faut, ou de "films de Noël"°, pourraient en prendre de la graine (de piments)

...et nos producteurs aussi.

Mais on sait qu'à propos d'enfance, le cinéma hexagonal préfère se voiler la face... et mettre des caches°.

Le film de Brook a été présenté en Compétition Officielle au Festival de Cannes en 1963 et Le réalisateur a été nommé pour la Palme d'or. CQFD

GF

Montage et colorations sépia de la rédaction (cliquer pour agrandir)  Images du film de Peter Brook © Lord of the flies Company


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COMME UNE LANCE!

© Lord of the flies Company et Janus films

Sur ce blog, on peut lire l'article "Anges ou démons" sur le roman de William Golding

J'ai trouvé une remarquable analyse du roman et du film de Peter brook sur DVD Classik°

Le DVD est en vente chez Carlotta° 

.Nouveau master restauré / Version Originale / Sous-Titres Français & Anglais

(92 mn) Format 1.33 respecté – 4/3 – Noir & Blanc avec en Suppléments:

.Le cinéma en liberté (32 mn)

Dans cet entretien exclusif, Peter Brook revient sur son coup de foudre pour le roman de William Golding, la préparation et le tournage du film, et sur la signification de son travail avec une troupe d'enfants.

.Partie DVD-Rom

Élaboré sous la direction d'Alice Vincens (enseignante à L'ESAV, Université de Toulouse II) en collaboration avec Dominique Galaup-Pertusa (enseignante à l'IUFM d'Albi), ce DVD-Rom, par son caractère interactif, permet le développement d'analyses croisées et interroge la rencontre du cinéaste Peter Brook avec l'œuvre de William Golding.

 

   L'affiche du film

reproduite sur le DVD