littérature

The Lord of the flies

de William Golding (publié en 1954)

Anges Anges ou démons ?

Le stupéfiant récit de fiction d'un auteur anglais qui n'a pas froid aux yeux et à la plume! Une histoire d'une étonnante actualité...

Un livre dont je connaissais l'existence depuis dix ans, après avoir fouillé dans les bacs d'un bouquiniste du quartier latin, et que j'avais oublié de lire! Voilà qui est fait. La narration, bien que traduite de l'anglais, est d'une remarquable qualité littéraire. Hymne à la (sur)vie et à la nature sauvage (et non à l'homme sauvage), c'est aussi une démonstration de l'imbécilité humaine, déjà présente en chaque enfant... civilisé. Les pages nous régalent de descriptions sobres mais efficaces de paysages délicieux, d'odeurs, des bruits de la nature, avec les oiseaux, les vagues qui se brisent sur les rochers ou qui recouvrent le sable, le ressac...

Un vrai roman naturaliste, à la fois tendre et violent.

Avec des paroles de gosses aussi vrais que nature.

Le paradis trouvé des enfants perdus

Commençant au fil des pages comme une aventure sympathique de collégiens naufragés, réfugiés, sans adultes, sur une île déserte paradisiaque, le récit tourne progressivement au cauchemard sanguinolent. Les Robinson Crusoé enfantins, livrés à eux-même, profitent de leur liberté toute neuve pour se défaire des liens d'ordre et de morale qui les bridaient en Angleterre. Neuf d'entre eux sont des enfants de chœur, avec, à leur tête, un "chef"...

..."Parce que je suis premier enfant de chœur et ténor de la maîtrise. Je monte jusqu'au do dièse."

Ce Jack Meeridew, qui a servi et chanté la messe, va organiser une tribu de "chasseurs", d'abord pour "bien s'amuser" puis très vite par goût du sang et par désir de donner la mort. Violent et autoritaire, méprisant les faibles, il va parvenir à rassembler avec lui la quasi totalité des naufragés, vite séduits par son charisme de petit sauvage. Pour se défendre d'un "monstre" entrevu sur l'île, Jack va instituer spontanément un culte sanguinaire destiné à apaiser "la Bête", en lui offrant le fruit de ses tueries.

L'Harmaguédon des gosses

Seuls quelques garçons, dont aucun ne sont issus de la maîtrise, vont s'opposer au jeune tyran; ces résistants, qui hésitent entre l'envie de s'intégrer à la tribu et la volonté de ne pas devenir "des sauvages" et de conserver des règles civilisées, seront dépassés par les évènements, que Jack, l'éventreur de cochons, va conduire au paroxisme de l'horreur. Tueries atroces de camarades, chasse à l'homme à mort, vont rougir le sable et les rochers battus par les vagues.

Les visages et les corps peinturlurés, nus ou à demi-nus, parés de feuilles et de fleurs, la bande d'enfants assassins, que des danses macabres et histériques  préludent à leurs crimes, va semer la terreur pour supprimer les quelques gamins qui tentent de défendre un reste d'humanité.

Certes, il s'agit là d'une oeuvre qui n'engage... que son auteur. Et l'on peut contester la vision négative et harmaguedonesque (le Mal satanique, niché en chaque enfant, et qui déclenche la sauvagerie meurtrière) "choisie" par Golding; mais si l'on accepte cette option, somme toute tout-à-fait "raisonnable" (si j'ose dire) - si non forcément probable -, on ne peut qu'entrer corps et âme (damnée?) dans l'univers créé par le romancier, happé dès les premières pages dans un microcosme si proche du réel que, très vite, on s'en trouve prisonnier.

 

Image du film de Peter Brook - Le jeune héros Ralph interprété par James Aubrey° © Lord of the flies Company

Sa Majesté des mouches... Quel drôle de titre!

La première idée qui s'est installée dans ma tête, c'est qu'il s'agissait d'une appellation honorifique que les gosses attribuaient, par autodérision, à leur chef, "monarque" en herbe. L'explication est (en partie) dans le texte. Les mômes, devenus asservis à la violence et au sang, totémisent une tête de cochon sauvage qu'ils ont massacré. Plantée sur son pic, la tête pourrissante est noire de mouches... Un jeune garçon, dans sa solitude et ses délires, l'entend se présenter elle-même comme un monarque - dérisoire: sa-majesté-des-mouches. L'enfant n'est pas dupe, mais pour les autres garçons, organisés en tribu de chasseurs, la mort et la violence sont inexorablement érigées en valeurs absolues. Nos gosses, terrorisés par un monstre omniprésent qui les menaceraient, sont convaincus de calmer une divinité (du mal) en lui offrant des sacrifices sanguinaires. Selon de nombreux "auteurs" sur le sujet, sa Majesté des mouches est la traduction quasi littérale de Belzébuth ou Belzébul, dieu lié au culte du diable. Nos petits anges ex-enfants de choeur ont donc choisi, spontanément et par instinct, de vouer un culte à Satan!

GF

 "Jeux de sang en noir et blanc" sur ce blog: article sur le film de Peter Brook°