LES FAUSSES CONFIDENCES :

Arditti-Marivaux mieux que ça !

Je ne manque pas une occasion, sur ce blog, d’écrire haut et fort à quel point je me délecte à regarder, à entendre, à voir jouer le grandissime acteur qu’est Pierre ARDITTI - sans doute l’un des plus talentueux et charismatiques comédiens français de ces jours…

Je me suis donc placé devant la petite lucarne, ce 30 mars, sur France2, certain d’assister au meilleur d’Arditti, mais soupçonneux quant à la réalité de la magnificence du spectacle en lui-même. Evidemment, la presse, séduite par l’affiche et le prestige de la production, « vendait » complaisamment, en amont, la diffusion de la chaîne publique en nous annonçant le nirväna.

Le spectateur ( = l’audience) n’a pas suivi… Doit-on s’en étonner ?

Si toutefois une part « du marché » s’est aventuré - d’aventure -, sur cette scène là, si cette « part du marché » l’a fait par curiosité, avec ouverture d’esprit, il ne m’étonnerait point qu’elle hésite à réitérer l’expérience.  Pourquoi cela ? Outre que le texte de Marivaux, ou plutôt ses « scénarios », ne sont guère au goût du jour, la scénographie, la mise en scène, le jeu des acteurs n’avaient rien de bien convaincants pour séduire - non pas les spécialistes de l’intelligentsia théâtreuse -, mais le « grand » public, précisément celui que la « chaîne publique » voulait drainer coté « cour » (= faire la « cour »)… Un spectacle qui sacrifiait à la mode contemporaine du dépouillé esthétique dépoussiéré : un décor plus qu’indigent, le vélomoteur et le blouson anachroniques à l’entrée et à la sortie, apparitions-disparitions du maître de cérémonie par la trappe du plancher…, gestes clownesques et grotesques avec des gags à deux balles… bref, tous les poncifs du prétendu genre novateur et déjanté - dont on nous bassine depuis des lustres, avec force subventions et partenariats institutionnels (toujours les mêmes : on ne prêt qu’aux riches) !

On l’aura compris : je n’ai pas aimé ce spectacle.
Dommage (ou heureusement), le grand Arditti, décidément toujours meilleur qu’hier et encore moins meilleur que demain, véritablement transcendé dans son personnage étonnamment « naturaliste », a fait A LUI SEUL le spectacle ! Superbe, étonnant, magique, sublime ! Que ses partenaires qui lui donnaient la réplique étaient fades, à côté ! Un abîme se creusait entre l’ensemble des protagonistes et lui… L’interprétation d’Anouk Grinberg, en femme incertaine, m’a choqué par son artifice, Robert Plagnol jouait en demi-teinte, comme à moitié absent du plateau, etc. Et le directeur d’acteurs dans tout ça?
A-t-il vraiment fait son boulot?
Les costumes et la mise en lumière étaient agréables ; mais ce n’est pas suffisant pour faire un beau spectacle, même si on dispose d’un acteur merveilleux, parfaitement dans son rôle. Quant « au coup de la trappe », je suis désolé mais je n’en avais pas compris le sens - jusqu’à ce que je lise une explication, à posteriori,  sous la plume d’un  critique ” spécialisé”… Je ne suis pas cultivé en théâtre!

Et c’est bien là le mal endémique de notre théâtre contemporain, si encensé par les médias : sans mode d’emploi, il n’y a pas de salut !

Ce n’est pas avec ces « directs » là que l’on va ramener le téléspectateur au théâtre… Au contraire, on les achève d’un coup de poing! Les acclamations enthousiastes du public invité dans la salle, qui ne ménage pas ses ovations, ne sont qu’un leurre.