Réalisé par Gabriel Julien-Laferrière
Avec Samy Seghir, Jérémy Denisty, Rachida Brakni, Denis Podalydès, Josiane Balasko


Bien que ce blog soit fondamentalement dédié au théâtre, je ne peux résister à l’envie de faire partager mon enthousiasme suscité par le film de Gabriel Julien-Laferrière… Peut-être là l’inauguration (avec champagne, petits fours et sans cochonaille) d’une sous-rubrique que nous baptiserons « Quand le cinéma fait son théâtre ».

Le jeune comédien Thibaut, de la Compagnie que j’ai le plaisir de diriger, garçon de 12 ans, cinéphile incollable tout autant que cinéphage (des milliers de DVD sur ses étagères), m’a vivement recommandé d’aller voir, toutes affaires cessantes, le petit bijoux du cinoche français, récemment exposé sur l’écrin blanc (pardon : l’écran blanc) depuis le 12 août dernier. La BA m’a convaincu et le film en était le reflet fidèle (pas toujours le cas). Après MICHOU D’AUBERT, Michou de Neuilly, sujet plus facile mais Ô combien efficace, est, à mes yeux, un divertissement exceptionnel : par son humour (grinçant parfois mais ô combien à-propos), ses situations (caricaturales mais pertinentes - une fable), et surtout ses répliques (drôles à souhait et cependant riches d’authenticité). De plus, une merveilleuse peinture sociale, forcée il est vrai, mais somme toute bien en phase avec des réalités… Des Charles, j’en connais ; des Stanislas, j’en connais ; des Balasko-directrice-de-St-Ex., j’en connais également… Ces gens existent ! je les ai rencontrés ! Quant aux petits morveux-prétentieux de St-Ex., j’en ai vu aussi. L’argument est magnifiquement servi par un scénario bien enlevé, dynamique, quelque peu acide donc sans fadeur, et des interprètes globalement excellents.

Globalement seulement car, c’est le bémol de cette critique, la direction d’acteurs est très hétérogène. A des ‘pro’ talentueux et de métier sont mêlés des ‘petits’ rôles souvent bâclés,  mal dirigés, qui jouent horriblement faux.

Que dire du petit Samy Seghir (Michou d’Aubert) ? Un garçon talentueux, mignon, plein de bonne volonté, avec un ‘potentiel’ de comédien incontestable, mais très inégal dans son jeu ; la faute n’est pas sienne ; son « directeur d’acteur », c’est-à-dire le metteur en scène (pourquoi préfère-t-on dire aujourd’hui ‘réalisateur’?) n’a pas constamment l’exigence  nécessaire pour le « cadrer » et éviter qu’il ne « surjoue »… car trop souvent il en fait trop : ces mimiques, ses intonations sont bien des fois celles que l’on voit et entend dans les… cités… par de jeunes non-acteurs qui font leur cinéma. Or, à un comédien, fut-ce t-il jeune, qui doit incarner un gamin de cité, on doit demander « plus pour réussir plus » - je veux dire pour donner chair et émotion à son personnage. Manifestement, le jeune Samy n’a pas été « formé » au métier d’acteur : Gabriel Julien-Laferrière a su obtenir de lui un jeu remarquablement crédible pour certaines scènes (notamment celle du cauchemar dans le lit) mais trop souvent, Samy fait du spontané qui frise la caricature, lui ôtant toute crédibilité…

Je sais, cela peut paraître prétentieux de le dire, mais les professionnels de la formation d’acteurs m’auront compris.

Samy est, je n’en doute pas, un futur Grand acteur ; sa carrière est devant lui ; si on le laisse s’improviser comédien, il se cassera le nez ; il mérite beaucoup plus que d’être largué sur un plateau de tournage pour un rôle qui lui ressemble trop. Sa finesse de jeu, son émotion, son authenticité éclatante dans Michou d’Aubert sont restées dans les loges et c’est dommage !

Remarquables interprétations (fort crédibles de bout en bout celles-ci) de Denis Podalydès, Josiane Balasko, Rachida Brakni, Galabru… Somme toute, les «petits rôles» des grands sauvent le «grand rôle» du petit !

P.S. : la tonalité de la couleur (jaune défraîchi) de la copie m’a beaucoup gêné.